ALAIN-FOURNIER
1886-1914

Henri Fournier en septembre 1905, âgé de presque 19 ans, dans la maison de sa grand'mère à La Chapelle-d'Angillon
SOMMAIRE
Esquisses biographiques (1886-1914) La maison natale de La Chapelle-d'Angillon La Mairie-école, le village et ses environs Le prétendu "Musée Alain-Fournier" au château de La Chapelle-d'Angillon
Pour une "Route du Grand Meaulnes" à travers le département du Cher Autres chemins, autres paysages
Présentation du "Grand Meaulnes" par Jacques Rivière
COMPTE RENDU DE LECTURE : "Alain-Fournier" par Violaine Massenet (Flammarion, Grandes Biographies, 2005)
ESQUISSES BIOGRAPHIQUES
1886 - 1914
Henri Alban Fournier, qui prendra en 1907 le demi-pseudonyme d'Alain-Fournier, naît le 3 octobre 1886 à LA CHAPELLE-D'ANGILLON (Cher), gros village à la lisière des forêts de Sologne, au nord du Berry. Sa soeur Isabelle y voit le jour trois ans plus tard. Ils vivent d'abord avec leurs parents dans le village de MARCAIS (Cher) où M. Fournier est instituteur .
En 1891, celui-ci est nommé à l'école d’ÉPINEUIL-LE-FLEURIEL, dans le sud du département du Cher. Henri y sera l'élève de son père durant toutes ses études primaires, jusqu'en 1898. (Voir plus loin la rubrique "Le pays d'Alain-Fournier")
. UN ADOLESCENT EN EXIL (1898-1903)
Puis quittant le Berry de son enfance, il entre en sixième au lycée Voltaire à PARIS, où il sera un élève brillant durant trois ans. Rêvant d'être officier de marine, il obtient d'entrer en seconde au lycée de BREST, puis renonce brusquement à l’École navale et termine ses études secondaires au lycée de BOURGES.
. AMITIÉ ET APPRENTISSAGE LITTÉRAIRE (1903-1907)
En octobre 1903 - il a alors 17 ans - il commence à préparer le concours de l'Ecole normale supérieure au lycée LAKANAL de SCEAUX. C'est là qu'il rencontre le fils d'un médecin bordelais, Jacques Rivière, qui deviendra son meilleur ami, puis son beau-frère en épousant Isabelle, sa soeur, en 1909.
Pour lui, c'est le jour de l'Ascension 1905, qu'il croise une très belle jeune fille : il en fera l'Yvonne de Galais du "Grand Meaulnes". Cette trop brève rencontre n'a pourtant pas lieu près d'un étang de Sologne, mais en plein Paris, le long de la Seine. Pendant les vacances de cette même année, Henri est en stage près de LONDRES, loin de sa terre natale ; il y compose son premier poème “A travers les étés” sur la jeune fille pour laquelle il a conçu un immense amour.
Avec Jacques Rivière, rentré à Bordeaux, il entretient une correspondance presque quotidienne - 350 lettres en dix ans - où les deux amis apprennent ensemble leur métier d'écrivain.
. MARCHES À L'AVENTURE (1907-1909)
Ayant échoué au concours d'entrée à l'Ecole normale supérieure, il fait son service militaire d'octobre 1907 à septembre 1909 : sous-lieutenant de réserve en garnison à MIRANDE (Gers), il y reviendra deux fois pour des "périodes militaires", en 1911 et 1913.
. LA "DURE VIE BASSE" (1909-1912)
De retour à PARIS à l’automne 1909, il tient la rubrique littéraire d'un journal parisien pendant deux ans. Avec Jacques Rivière,devenu son beau-frère, il rencontre beaucoup de grands écrivains de l'époque : Claudel, Gide, Jammes, et surtout Charles Péguy, mais aussi une couturière berrichonne plus âgée que lui, Marguerite Audoux dont le premier roman autobiographique "Marie-Claire" vient d'obtenir le prix Fémina. Il se passionne pour la musique (Fauré,Debussy et Ravel) et pour la peinture (Gauguin, Cézanne) et la sculpture (Camille Claudel et Bourdelle).
. L'ÉCRITURE ET L'AMOUR (1912-1914)
En 1912, il devient secrétaire de Claude Casimir-Perier, fils d’un ancien président de la République et collabore avec lui à la rédaction d’un ouvrage sur “Brest port transatlantique européen”. Il fait en même temps connaissance de sa femme, la célèbre actrice Simone, avec laquelle il entretiendra jusqu'à sa mort une relation passionnée. "LE GRAND MEAULNES", le roman qu'Alain-Fournier portait en lui et travaillait depuis plusieurs années paraît en 1913 ; il est salué aussitôt comme un chef-d'oeuvre par la critique presque unanime, mais manque de peu le Prix Goncourt. Le jeune auteur a déjà entrepris la rédaction d’un second roman : "Colombe Blanchet". La dernière année de sa vie est aussi celle d'une liaison passionnée avec la grande actrice Simone (Pauline Benda).
. LA GUERRE ET LA MORT (Août-septembre 1914)
Mobilisé en août 1914 comme lieutenant, il est porté disparu, dans la région des Hauts-de-Meuse, près de Verdun, le 22 septembre de la même année, quelques jours avant son vingt-huitième anniversaire. On ne retrouvera son corps et celui de ses vingt compagnons qu'en 1991. Il est désormais inhumé avec eux dans la nécropole nationale de SAINT-REMY-LA-CALONNE (Meuse).
LA MAISON NATALE D'ALAIN-FOURNIER
à La Chapelle-d'Angillon (Cher)
La maison où sont nés Henri-Alban Fournier le 3 octobre 1886 - et sa soeur Isabelle (Rivière), trois ans plus tard - existe toujours à La Chapelle-d'Angillon.
On la voit sur la doite à l'entrée du village, en arrivant de Paris, via Gien et Aubigny-sur-Nère par la D 940.
C'était la maison de leurs grand-parents maternels, Matthieu Barthe et Adeline Blondeau, surnommée par eux "Maman-Barthe".
Propriété privée de son neveu, elle peut être visitée sur demande écrite adressée à M. Alain Rivière 31, rue Arhur Petit 78220 VIROFLAY. Tél. fax : 01 30 24 48 07. La maison a été surélevée d'un étage en 1910, après le mariage de Jacques Rivière et d'Isabelle Fournier.
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ALAIN-FOURNIER, 2 RUE CASSINI (Paris 14e)
Une plaque commémorative sur l'immeuble où fut écrit 'Le Grand Meaulnes'
Grâce à l'intervention d'Alain Dautriat – l’auteur de "Sur les murs de Paris, Guides des plaques commémoratives" – le Conseil de Paris a approuvé, au mois de juillet 2006, l'apposition d'une plaque commémorative en souvenir d'Alain-Fournier sur l'immeuble du 2, rue Cassini, qu'il habita un peu plus de quatre ans à partir du 30 mars 1910 et où il écrivit "Le Grand Meaulnes" ; il en partit le 17 juillet 1914 pour ses dernières vacances à Cambo-les Bains, avant d'y recevoir son ordre de mobilisation pour Mirande.
Le texte retenu par la Ville de Paris pour inscription sur la plaque est ainsi rédigé :
ICI ALAIN-FOURNIER (1886-1914) A ÉCRIT « LE GRAND MEAULNES » avant de disparaître sur les Hauts-de-Meuse le 22 septembre 1914 « Je cherche quelque chose de plus mystérieux encore…».
La cérémonie a eu lieu le 21 novembre 2006, en présence de M. Christophe Girard, adjoint au Maire de Paris, chargé de la culture, de M. Pierre Castagnou, maire du 14e arrondissement, d'Alain Rivière et de sa famille, ainsi que de nombreux membres de l'Association.
La mairie-école, le village et les environs
de La Chapelle-d'Angillon
Au carrefour de la route de Presly, sur une petite place, le monument aux morts porte l'inscription "FOURNIER Henri", ainsi que la plaque apposée sur le mur intérieur droit de l'église Saint Jacques.
Rue Eudes de Sully, on peut voir aussi la MAIRIE-ÉCOLE avec la salle du conseil, minutieusement décrite dans "Le Grand Meaulnes" (III, ch. 4).
Dans le cimetière attenant à l'église, sont inhumés les parents et les grands-parents de l'écrivain. Quant aux corps du lieutenant Fournier et de ses vingts compagnons morts pour la France le 22 septembre 1914, ils reposent aujourd'hui dans la nécropole nationale de Saint-Remy-la-Calonne (Meuse) à 25 km au sud de Verdun.
En revanche le très beau château de Béthune, dont le donjon est le plus ancien du département et qui fut réaménagé par Sully, a certes été connu et admiré par l'auteur du "Grand Meaulnes", mais c'est indûment qu'il s'attribue le nom de "Musée Alain-Fournier", puisqu'il n'abrite, dans deux salles du donjon, que des reproductions défraichies (voir ci-dessous la lettre adressée par l'Association à M. Jean d'Ogny, propriétaire du château).
À 6 km au sud de La Chapelle-d'Angillon, sur la route de Méry-ès-Bois, on pourra aller rêver près des vestiges très délabrés de l'ancienne abbaye cistercienne de LOROY : enfouie entre bois et étangs, elle a sans doute été, plus qu'aucun autre château du Cher, la principale source d'inspiration du "Domaine mystérieux". Pour l'instant, cette grande bâtisse abandonnée flanquée d'une arche gothique, seul reste de l'ancienne église, demeure presque inaccessible. Des projets de restauration sont toutefois annoncés.
Le prétendu 'Musée Alain-Fournier'
au château de La Chapelle-d'Angillon
Nombre de nos adhérents et beaucoup d'autres amis de l'auteur du "Grand Meaulnes" qui voyagent à travers le Berry nous disent leur surprise, voire leur sentiment de scandale, après la visite qu'ils ont faite du Château de Béthune à La Chapelle-d'Angillon (Cher), abusivement désigné, sans la moindre autorisation des ayant-droit, "Musée Alain-Fournier".
Si le château est superbe avec son donjon du XIVe siècle surplombant une pièce d'eau, si Alain-Fournier l'a évidemment connu dans son enfance, il n'y a sans aucun doute jamais mis les pieds. Et il est fort peu plausible que le château ait pu l'inspirer pour l'évocation du "Domaine mystérieux", bien plus modeste et délabré.
De plus, les reproductions de cartes postales et d'affiches qui y avaient été exposées provisoirement en 1986 n'ont pas été entretenues depuis lors, et les deux pièces du donjon consacrées à ce prétendu musée sont poussiéreuses et médiocrement installées. Bien entendu, l'Association des amis de Jacques Rivière et d'Alain-Fournie n'a aucune part dans ce qu'il faut bien appeler une supercherie.
Le président de notre association a écrit en 2003 à M. Jean d'Ogny, propriétaire du château de Béthune à La Chapelle-d'Angillon, afin de protester contre l'utilisation abusive du nom d'Alain-Fournier pour désigner le musée installé dans le château.
Copie de cette lettre a été adressée à MM. les présidents du Conseil régional du Centre et du Conseil général du Cher et à M. le Maire de La Chapelle-d'Angillon. On trouvera ci-dessous le texte de cette lettre, à laquelle le propriétaire n'a jamais daigné répondre.
Meudon, le 27 novembre 2003
Monsieur,
Au cours de la récente assemblée générale de l’Association des amis de Jacques Rivière et d’Alain-Fournier, nous avons évoqué le problème que nous pose le “Musée Alain-Fournier” installé dans votre château de La Chapelle-d’Angillon. Nous ne songeons évidemment pas à contester votre droit à ouvrir à la visite l’antique demeure des princes de Boisbelle, remarquable monument historique et étape de la Route Jacques Cœur : nous vous en félicitons au contraire.
Ce que nous déplorons en revanche, en tant qu’association gardienne de la mémoire des deux écrivains, c’est le nom que vous lui avez donné, sans aucune autorisation de leur héritier, nom qui figure cependant sur un très large panneau implanté à l’entrée du château. Ce nom nous paraît usurpé. En effet, il est à peu près certain qu’Alain-Fournier n’a jamais franchi le seuil de votre château, se contentant de le regarder en arrivant de Bourges par le train ou en se promenant au bord de la Petite Sauldre.
De plus ce prétendu Musée n’abrite en fait que les restes d’une petite exposition qui date de 1986 et n’avait jamais eu vocation à se transformer en musée. Les photos exposées sont de simples reproductions de cartes postales, d’illustrations du "Grand Meaulnes" ou d’affiches du film d’Albicocco, qui constituaient à l’époque une intéressante évocation mais n’avaient aucune réelle valeur historique, littéraire ou artistique.
Un musée véritable est constitué de collections authentiques témoignant de la vie et de l’oeuvre de l’écrivain ou de l’artiste auquel il est consacré. Tout musée a deux composantes : les documents qui y sont conservés et qui doivent être dûment authentifiés et l’animation qui doit donner lieu à des visites guidées par des professionnels, à des expositions temporaires renouvelées, à des rencontres, colloques ou conférences.
Or, depuis dix-huit ans, cette exposition, reléguée dans une tour du château n’a pas été réellement entretenue. Elle se trouve aujourd’hui dans un grand état de délabrement. Nous recevons fréquemment des lettres de visiteurs déçus, voire scandalisés qui, attirés par la publicité qui est faite dans de nombreux guides touristiques, s’imaginent que notre association cautionne ce musée et est donc responsable de cet état de choses. Sans parler bien sûr des positions politiques qu’il vous arrive d’afficher au cours des visites, et qui n’ont aucun rapport avec Alain-Fournier.
Aussi, nous vous demandons de façon officielle de changer la dénomination de votre musée, d’en ôter le nom d’Alain-Fournier, sur lequel vous n’avez aucun droit, même si vous souhaitez maintenir, à titre privé, dans une salle du château une évocation de l’écrivain natif du village. Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.
Michel AUTRAND
Aucune réponse ne nous est parvenue depuis lors.
Pour une 'Route du Grand Meaulnes'
dans le département du Cher
En 2001, le Conseil général du Cher a demandé à la Fédération des maisons d'écrivain & des patrimoines littéraires de mener une étude ayant pour objectif la promotion du tourisme littéraire autour d'Alain-Fournier dans le département. Animé par Jean-François Goussard, un groupe de réflexion s'est constitué avec un vingtaine d'acteurs de terrain : élus locaux, propriétaires ou responsables de lieux littéraires et d'organismes touristiques ; il s'est réuni à quatre reprises "in situ", à Bourges, Épineuil-le-Fleuriel, Nançay et La Chapelle d'Angillon. Les déplacements sur le terrain ont permis de dresser un état des lieux précis et de recenser les projets déjà envisagés ou en cours d'élaboration, l'objectif étant la mise en valeur et en relation des différents lieux d'enfance et d'inspiration d'Alain-Fournier. Un rapport d'étude a été remis en juillet 2002 au président du Conseil général du Cher, sans qu'une décision concrète d'aménagement s'en soit suivie pour l'instant.
L'Association des amis de Jacques Rivière et d'Alain-Fournier qui avait été étroitement associée à cette démarche a élaboré et publié, en mars 2004, un guide de voyage littéraire assez complet, intitulé "SUR LES CHEMINS DU GRAND MEAULNES AVEC ALAIN-FOURNIER".
Ce petit ouvrage, paru chez Christian Pirot, est disponible en librairie ou peut être commandé au secrétaire de l'association (prix de vente franco : 17 €, chèque à libeller à l'ordre de l'AJRAF) .
On peut voir une présentation virtuelle de la future "Route du Grand Meaulnes" sur le site http://www.litterature-lieux.com (rubrique "Voyages littéraires").
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AUTRES CHEMINS, AUTRES PAYSAGES
D'Épineuil-le-Fleuriel à Nançay (et ailleurs)
Ce n'est pas à La Chapelle-d'Angillon qu'on trouvera les principaux paysages d'enfance et d'inspiration de l'écrivain ; ils en sont même assez éloignés.
. Ils se situent avant tout, autour d'ÉPINEUIL-LE FLEURIEL, tout à fait au sud du département, entre Saint-Amand-Montrond et Montluçon (sortie de l'autoroute A 71 à Vallon-en-Sully). On peut y visiter l'ancienne ÉCOLE où le jeune Henri Fournier vécut de 1891 à 1902, et qui est aujourdhui transformée en musée (voir le site <http://grandmeaulnes.free.fr>) Il faut ensuite se promener dans le village et ses environs, aller voir le château voisin de Cornançay, les bords du Cher, sur la route de Meaulne, et, plus loin à l'Ouest, la chapelle romane de Sainte-Agathe, près de Saint-Désiré (Allier)
. NANCAY, dans la Sologne voisine à 21 km à l'ouest de La Chapelle-d'Angillon est le pays d'origine de la famille Fournier. On y voit, intact, devant l'église, l'ancien magasin de "l'oncle Florentin" et on peut découvrir aux environs, les bois, les landes et les étangs décrits dans "Le Grand Meaulnes". L'ancien presbytère de Nançay a été récemment converti en "Espace tourisme", et Alain-Fournier y tient une place privilégiée. À la sortie du village, dans les beaux communs de briques du château, Gérard et Sophie Capazza ont aménagé dans leur galerie d'art contemporain, un très évocateur "Musée imaginaire du Grand Meaulnes".
. Mais Alain-Fournier a quitté son pays natal à l'âge de douze ans, pour n'y revenir qu'aux vacances - chez sa grand-mère à La Chapelle-d'Angillon - ou chez ses cousins à Nançay.
De 1903 à 1914, il a vécu à SCEAUX (au lycée Lakanal) ou surtout à PARIS (60, rue Mazarine ; 24, rue Dauphine ; 2, rue Cassini), avec quelques intermèdes : à Chiswick, près de Londres durant l'été 1905, à Cenon, près de Bordeaux, chez les grands-parents de Jacques Rivière, puis durant son service militaire entre 1907 et 1909, à Vincennes, Vanves, Laval et Mirande.
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Présentation du Grand Meaulnes
par Jacques Rivière
Au cours d’une conférence prononcée à Genève, le 15 février 1918, sous le titre “Le grand Meaulnes d’Alain-Fournier”, Jacques Rivière présentait ainsi le roman de son beau-frère publié cinq ans plus tôt dans cinq numéros successifs de la NRF, puis chez Émile-Paul.
“J’ai parlé jusqu’ici comme si vous aviez tous lu ce livre. Bien que le succès en ait été grand, on est encore fort excusable aujourd’hui de ne pas le connaître. On le serait moins de ne pas le lire après en avoir entendu parler. Pour vous rendre la chose tout à fait impossible, je voudrais vous en résumer la donnée et vous en faire comme goûter le parfum à l’aide de quelques lectures.
La scène se passe dans le petit village de Sainte-Agathe dans le Berry. Les parents de François Seurel y sont instituteurs ; son père dirige même un Cours Supérieur où l’on prépare l’École Normale. François est un enfant maladif et d’humeur un peu solitaire. Mais la vie est brusquement changée par l’arrivée au Cours d’un grand élève, entreprenant et résolu, peu bavard mais plein de goût pour l’action et pour l’aventure. C’est le grand Meaulnes. François se lie presque tout de suite d’amitié avec lui. Le village est assez éloigné du chemin de fer. Aux environs de Noël, François est chargé par son père d’aller chercher à la plus prochaine gare dans une voiture à âne ses grands-parents qui viennent passer quelques jours à Sainte-Agathe. Cependant le grand Meaulnes apprend par hasard qu’on pourrait gagner du temps en allant avec la carriole d’un fermier voisin jusqu’à Vierzon où le train arrive bien plus tôt. Sans rien dire à personne, il se décide à tenter l’entreprise ...
C’est ici que commence l’aventure. De Meaulnes on ne sait plus rien pendant trois jours. La voiture dans laquelle il est parti a été ramenée par un paysan qui l’a trouvée vide et errante au gré de son cheval. Meaulnes rentre enfin au bout de trois jours, harassé, fripé, sali, farouche ; il ne répond à aucune question. Cependant Seurel finit par lui arracher son secret. Meaulnes s’est endormi dans la voiture et s’est perdu. Après une nuit passée dans une bergerie abandonnée et une journée où il a marché à travers champs sans rencontrer personne, il est arrivé dans un domaine à demi-ruiné, où se donnait juste à ce moment une fête étrange. Les enfants y faisaient la loi ; dans l’attente des fiancés en l’honneur de qui elle se donnait, ils avaient organisé mille jeux pleins de fantaisie et toute une mascarade démodée. Dans la chambre où il s’était glissé par la fenêtre pour dormir, Meaulnes a trouvé tout ce qu’il lui fallait pour se déguiser en jeune élégant de 1830. Sous ce costume il a pu se mêler à la fête et, au cours d’une promenade en bateau sur l’étang, il a rencontré une jeune fille merveilleusement belle dont il s’est épris. Il a pu échanger quelques mots avec elle. Mais comme si le charme en avait été mystérieusement rompu, voici que la fête tout à coup s’est débandée. Les fiancés n’arrivant pas, les invités, pris d’une sorte de panique ont commencé à s’en aller. Le hasard met Meaulnes brusquement en présence d’un jeune homme. C’est le fiancé ; il est rentré en cachette tout seul, la jeune fille qu’il aimait n’ayant pas voulu croire en lui ni le suivre vers cette fête qu’elle a prétendue impossible. Il ne fait que passer par le domaine ; Meaulnes seul l’y aura revu, car il s’enfuit. Devant cette débâcle, il ne reste à Meaulnes qu’à partir lui aussi. Une voiture le ramène à travers la nuit jusqu’aux environs de Sainte-Agathe. Mais comme il s’y est endormi de fatigue, quand elle le dépose, il ne sait pas plus qu’à l’aller par quel chemin il a passé.
Désormais tout l’intérêt du roman va consister dans la recherche de ce chemin perdu. Meaulnes et Seurel, unis par leur secret, mettent en oeuvre toute leur ingéniosité pour le retrouver. Un instant la fortune semble vouloir les favoriser et leur rendre la piste. Des bohémiens sont venus à Sainte-Agathe. L’un d’eux est un étrange garçon qui révolutionne tout le bourg. Il organise avec l’aide des gamins du pays contre Meaulnes et François une sorte de guerre. Un soir avec sa troupe il donne à la maison d’école un simulacre d’assaut que la venue d’un paysan le force d’interrompre. Mais François et Meaulnes sortis pour poursuivre les assaillants tombent dans une embuscade.
La paix ne tarde pas à se faire entre Meaulnes et le bohémien. C’est qu’il y a entre eux des liens secrets qu’ils découvrent. Le bohémien a été lui aussi dans le domaine merveilleux et il donne à son nouvel ami quelques indications - d’ailleurs encore insuffisantes - sur la route qui y conduit. Meaulnes pourtant ne le reconnaît que trop tard, qu’au moment où sans en rien dire à personne, il s’apprête à s’enfuir. C’était Frantz de Galais, le jeune fiancé de la fête, avec qui Meaulnes s’était rencontré le soir de la débandade. Hélas ! il a décampé trop tôt ; Meaulnes n’aura appris de lui que l’adresse à Paris de la jeune fille dont il est amoureux. Muni de ce seul renseignement, Meaulnes laisse François et part pour Paris. Mais à l’adresse indiquée il n’y a personne : la maison est vide. Meaulnes reste dans la grande ville, oisif et désespéré, à la merci de toutes les tentations.
Et c’est François que le hasard, longtemps après, met tout à coup sur la piste du domaine merveilleux. Il le retrouve sans aucune difficulté ; la jeune fille y est toujours ; il la voit ; il comprend qu’elle n’a cessé de penser à Meaulnes. Le rêve de toute leur adolescence se résout ainsi en éléments tout ordinaires, tout prochains, tout faciles à saisir. Il semble qu’il n’y ait plus qu’à aller chercher Meaulnes et que l’aventure soit finie. Mais Meaulnes, que Seurel en effet ramène, est étrangement nerveux et rebelle ; il manque même de détruire par son humeur inexplicable le bonheur que son ami lui a préparé et qu’il n’a plus qu’à cueillir. Pourtant il se marie, son coeur sauvage semble dompté. Hélas ! la chimère veille, l’esprit d’aventure et de rêve le guettent encore. Pendant le séjour de Frantz à Sainte-Agathe, au moment où leur amitié se nouait, lui et Meaulnes se sont mutuellement et solennellement juré d’accourir au premier appel l’un de l’autre. Le soir des noces de Meaulnes et d’Yvonne de Galais, du bois qui borde la maison, retentit l’appel de Frantz... Ils rentrent mais le lendemain, Meaulnes, avec le consentement de sa femme, repart. C’est qu’à l’insu de François et d’ailleurs aussi d’Yvonne, sa dette envers Frantz s’est alourdie. Pendant son séjour à Paris, il lui a pris, sans savoir que c’était elle, sa fiancée, celle-là-même qui avait manqué au rendez-vous des noces et de la fête étrange. Et maintenant il faut qu’il répare sa faute, il faut qu’il la retrouve à tout prix, qu’il l’empêche de se perdre complètement. Voilà le secret de sa fuite.
C’est François qui le découvre en ouvrant par hasard un cahier qui est le journal de Meaulnes pendant son séjour à Paris. Mais hélas ! dans l’intervalle les événements ont marché. La jeune femme que Meaulnes a quittée est devenue mère ; mais dans des conditions si difficiles qu’elle en est morte. Meaulnes en ramenant bien plus tard Frantz et sa fiancée, ne retrouvera plus que sa petite fille que François lui a gardée et qu’il a élevée pour lui.
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COMPTE RENDU DE LECTURE
'ALAIN-FOURNIER' par Violaine Massenet
Était-il utile, était-il même possible d’écrire en 2005, une nouvelle biographie d’Alain-Fournier, et qui plus est, une « grande biographie » ? Il est permis d’en douter. Après la sublime introduction de Jacques Rivière à l’édition de "Miracles", en 1924, préface qui est à l’origine de tous les livres ultérieurs, après le poétique album des "Images d’Alain-Fournier", publié en 1938 par sa soeur Isabelle, après la vibrante incantation d’Henri Gillet, en 1948, après le plaidoyer passionné de la même Isabelle pour défendre, en 1963, la mémoire de son frère qu’elle estimait travestie par les souvenirs de Simone, après surtout la minutieuse biographie de Jean Loize, qui, avant 1968, avait sillonné les « quatre coins du pays » pour recueillir les moindres témoignages des derniers amis et contemporains de l’écrivain, sans parler des multiples articles et ouvrages de son neveu qui, ayant repris l’héritage en 1971, a puissamment favorisé depuis lors les recherches et les thèses les plus perspicaces, notamment celles de Claudie Husson, de Michèle Maitron-Jodogne et de Sylvie Sauvage, y avait-il encore quelque élément inconnu à dévoiler, quelque point de vue original à développer pour les lecteurs d’aujourd’hui ? Eh ! bien, oui, Violaine Massenet a eu cette audace, je dirai même cette candeur … amoureuse.
Car c’est bien d’amour qu’il s’agit chez la romancière saintongeaise, pour son beau Lancelot, sur lequel, nouvelle Guenièvre, elle projette son désir littéraire. On avait eu récemment à connaître, avec "Un amour de Meaulnes" de Denis Langlois, les remembrances aigries d’une « Laurence » presque centenaire sur la brève liaison entre la jeune Mirandaise et le séduisant lieutenant Fournier ; à partir de quelques phrases de lettres et d’un chapitre de « Colombe Blanchet », l’auteur avait imaginé un roman qui, sous le fiel du propos, dissimulait des vestiges de tendresse. Loin de moi, certes, de vouloir comparer l’ouvrage de Violaine Massenet à celui de Denis Langlois, tant ils se situent aux antipodes l’un de l’autre ; car l’auteur de "Blanche de Saintonge" fait, c’est vrai, preuve d’une très bonne connaissance, tout à fait empathique même, des écrits de son nouveau héros et témoigne à son égard d’une allègre et touchante passion.
Mais enfin biographie n’est pas plaidoyer, surtout si sur le personnage décrit n’a jamais plané le moindre soupçon : au contraire pourrait-on dire… C’est peut-être cela d’ailleurs qui l’a attirée, et qu’on pourra considérer comme un mérite : décoiffer l’auteur du "Grand Meaulnes" de l’auréole mystérieuse que lui ont tressée tant de lecteurs nostalgiques depuis près de cent ans, faire revenir Henri sur terre, comme « peut-être un paysan de Marçais qui sait causer». Est-ce pour le signifier qu’elle a choisi pour la couverture de son livre le portrait guère connu dessiné par André Lhote, gros trait cubiste un peu brutal ? Portrait « charnel », souligne-t-elle, qui ne dissimule rien des amours successives et violentes d’un beau jeune homme conquérant. Violaine Massenet s’abrite sans le moindre scrupule derrière l’autorité d’Isabelle Rivière et elle a su obtenir les « encouragements constants » de son fils. Et cependant on peut imaginer que « la sœur bien-aimée » dédicataire du "Grand Meaulnes" se dresserait aujourd’hui contre une romancière qui adopte assez souvent le point de vue de Simone ? Je n’irai évidemment pas jusqu’à dire qu’elle a fait d’Alain-Fournier « un homme à femmes », mais je crains qu’elle l’ait vu avant tout comme un « homme qui aimait les femmes », pour reprendre le titre du film de François Truffaut – qui avait d’ailleurs fait appel lui aussi à Brigitte Fossey ! Ce n’est certes pas indigne de l’homme qui, loin de « se soucie(r) d’une maîtresse », « cherch(ait) l’amour » ; mais c’est donner une signification pour le moins paradoxale au « Corps de la femme », lu à travers les émois de Jeanne Bruneau et de Pauline Benda.
Venons-en à la forme : hélas ! Dès la première page, première coquille : Jean Louis, le découvreur de la fosse commune du Bois de Saint-Remy est prénommé Michel et identifié à son détecteur de métaux ! Et la suite est à l’avenant : Michel Algrain, ancien principal de collège est promu proviseur de lycée, Maurice Genevoix aurait écrit "Ceux de 1914", le lieutenant Marien s’appelle Marion et Casimir-Perier, beau-père de Simone était, paraît-il, président du Conseil ; tout cela et même davantage en moins de six pages. La « noix d’honneur » se trouve à la page 232, où Simone, « la nuit du Sacre » invite Henri « à partager l’encens » au lieu de « l’encas » ! Broutilles, diront certains, habitués aux approximations médiatiques d’aujourd’hui, mais broutilles qui témoignent d’une négligence regrettable lorsqu’on traite d’un écrivain aussi précis dans son expression. On sent l’ouvrage rédigé à la hâte, et en tout cas nullement relu. Dommage ! le héros aimé méritait mieux. Sans doute était-il légitime de vouloir, en 2005, désacraliser « le roi du domaine » mystérieux, de réinsérer son rêve dans la réalité de « la dure vie basse ». Mais ce qui me paraît surtout dommageable, c’est que cette pérégrination amoureuse occulte passablement le dur labeur de celui qui se voulait « un ouvrier de son art », comme Lhote en était un du sien. Car si Alain-Fournier, un beau soir de septembre 1910, devait trouver son « chemin de Damas », cela faisait déjà plus de cinq années qu’il s’était mis en quête, presque douloureusement, du « Pays sans nom » ; et il lui en fallut encore deux autres pour se mettre « à écrire simplement, directement … par petits paragraphes serrés et voluptueux, une histoire assez simple qui pourrait être la (s)ienne ». Violaine Massenet eût sans doute gagné à lire la première biographie écrite en 1948 par Henri Gillet, que je citais en commençant : tel était le propos de celui-ci.
Michel Baranger
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