Présentation générale du Château des Fossés
Localisation
Situé au 26, route de la Vallée de Baudrimont à Haramont, à 4 km de Villers-Cotterêts, 10 km de Pierrefonds, dans le Valois (Aisne). Niché au fond d’un vallon boisé et au bord de la route de la Vallée de Baudrimont, route en impasse qui mène d’Haramont au Prieuré de Longpré, classé Monument Historique. Sur la route qui y conduit, juste avant le château se trouve une ferme de même époque, qui en dépendait autrefois, et est aujourd'hui une exploitation agricole en activité. Situation juridique
Propriété depuis octobre 1999 de M. Xavier Blutel, qui l’acquit des héritiers Laval. Inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (Commission Régionale du 27 mars 2003, décret préfectoral du 17 juin 2003).
Insertion dans l’environnement
Le château est proche d’une petite route au fond d’un vallon boisé et parcouru de sources et de rus affluents de l’Automne, à 1 km du centre d’Haramont, (Eglise Saint Clément, classée M.H. en 1933), et en direction du Prieuré de Longpré (classé MH), sis 800 mètres plus bas. Il se trouve à proximité d’un lavoir ancien en pierre, réhabilité et entretenu par la commune, et de la station de pompage de la Dhuy qui alimente Villers-Cotterêts et Haramont en eau. Le château est mitoyen avec une ferme, ancienne dépendance du manoir, également très ancienne, et qui forme un prolongement architectural naturel de la propriété vue de la route. Les côtés sud, ouest et nord sont en taillis sous futaie, appendices de la belle forêt de Retz.
Le château des Fossés, avec la ferme, le lavoir, les bois voisins, le prieuré de Longpré, forment un ensemble inappréciable, fondamentalement important pour l’homogénéité architecturale et naturelle de cette partie encore intacte de la commune d’Haramont.
Biodiversité : Proche des marais de Wallu, destinés à être classés Natura 2000, de la magnifique vallée de l’Automne, et de l’immense forêt de Retz, le château et son parc sont dans une zone humide et boisée aux caractéristiques remarquables. Les joncs et roseaux qui bordent les pièces d’eaux et les rus ont permis jadis le développement de l’activité de vaniers et de cazerotiers du village d’Haramont. Des mousses et lichens extrêmement rares en ces régions ont été inventoriés dans les sous bois voisins. Champignons de toutes sortes, escargots, mais aussi des martin-pêcheurs, de nombreux hérons cendrés, des rapaces, ainsi que de rares chauve-souris sont fréquemment aperçus. Les cerfs de la forêt de Retz viennent brouter et boire en bande aux abords tous proches de la demeure. Les pièces d’eau accueillent des carpes, grenouilles et crapaux.
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Une introduction par Alexandre Dumas père
« Du plus loin qu’il me souvienne, c’est-à-dire de l’âge de trois ans, nous habitions, mon père, ma mère et moi, un petit château nommé les Fossés, situé sur les limites des départements de l’Aisne et de l’Oise, entre Haramont et Longpré.
On appelait ce petit château les Fossés, sans doute parce qu’il était entouré d’immenses fossés remplis d’eau. » (Le Meneur de Loups)
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“Sur les limites du département de l’Aisne, à l’ouest de la petite ville de Villers-Cotterêts, engagées dans la lisière de cette magnifique forêt qui couvre vingt lieues carrées de terrain, ombragées par les plus beaux hêtres et les plus robustes chênes de toute la France, peut-être, s’élève le petit village d’Haramont, véritable nid perdu dans la mousse et le feuillage, et dont la rue principale conduit par une douce déclivité au château des Fossés, où se sont passées deux des premières années de mon enfance.”
Conscience l’Innocent (1852, en exil à Bruxelles)
L'église d'Haramont
Classée Monument Historique sous le mandat de M. du Sault
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Le village d'Haramont
Cité en 1150, le nom signifie mont d ’Harald, sans doute d'un viking remonté par l ’Oise, un cousin de ces normands dont faisaient partie les Davy, ancêtres de Dumas… L’un d’eux se retrancha-t-il au Xème siècle entre ces fossés? Un ancêtre, selon le mythe familial des Fossés, tuera sur un pont le saxon Isoré, neveu de l’empereur Othon, au siège de Paris en 978. Une tour carrée médiévale sera la base du manoir Renaissance édifié début XVIème par ses descendants qui prirent le patronyme « des Fossés ».
Le manoir Renaissance date du début XVIème, et fut bâti sur les vestiges d’une tour carrée médiévale. Un décor propice aux histoires de cape et d’épée pour un enfant dont l’imagination s’éveille.
Dans cette demeure de caractère en pleine nature, à moins d’une lieue de Villers-Cotterêts, le jeune Alexandre forgera sa riche imagination et passera les seuls moments d ’intimité qu ’il aura avec son père, mort trop jeune, et idolâtré pour toujours.
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Arrivée aux Fossées par la vallée de Baudrimont

Historique du Château
Origines

Le château est situé à Haramont, dans le Valois, région de chasses et de séjours royaux (mérovingiens, carolingiens, Philippe Auguste, puis les comtes de Valois, puis Louis XII, François 1er, Henri IV au château de Villers-Cotterêts) et princiers (les Orléans). Haramont, à la Selve, abritait la volerie du Roi Louis XII.
La région fut très touchée par l’Histoire: Guerre de Cent Ans, révolte des Jacques touchant Largny, Coyolles, Pisseleu, Montgobert (1358), guerres entre Armagnacs et Bourguignons (1411-12), passage des Anglais (1422-33), des Espagnols (1544), guerres de Religion (ravages de 1567), Révolution française où les multiples manoirs, biens religieux de la région furent saisis, dévastés, utilisés comme carrières de pierre par de nouveaux occupants. Vinrent ensuite les cosaques en 1815-1816, les guerres de 1870, 1914-1918.
Bâti par la famille des Fossés à la fin du XVème siècle, le château succédait à une place forte plus ancienne, citée dans des titres familiaux de la famille de Noüe, plusieurs fois alliée à la famille des Fossés aux XIV- XVème siècles. On retrouve le plan d’un ancien donjon carré avec des murs de 120 cm d’épaisseur, constituant la structure de la partie droite (en entrant) de la bâtisse.
Le fief des Fossés est cité au XIVéme siècle dans un procès verbal de bornage d’Haramont. La seigneurie d`Haramont, distincte, était vassale de Betz, et arrière vassale de Crépy. Ces deux seigneuries furent réunies entre les mains des Fossés au moins à partir d’Antoine I des Fossés, en 1474. Le Manoir fut construit à l’époque où l’on reconstruisit partiellement l’église paroissiale saint Clément d’Haramont (classée M.H.) et où l’on embellit l’abbaye de Longpré (également M.H.). Antoine des Fossés, seigneur du fief, fit également rebâtir “a fundamentis” le château de Coyolles au XVIème siècle. Les armes de cette famille sont gravées sur la façade extérieure de la maçonnerie du portail poterne du Manoir (travail tardif du XIXème siècle). Elles se blasonnaient : “de sinople à deux lions d’argent adossés et leur queue passée en sautoir double”.
Cette famille fut de grande importance dans la région, où ses membres furent seigneurs du fief de la Cour à Largny, de Baudrimont (qui touche à Longpré), vicomtes de Boursonne , seigneurs du château de Noüe à la fin du XIVème siècle, de Pisseleu, Largny, Queüe au XVIème siècle, seigneurs puis marquis de Coyolles de la fin du XIVème siècle à 1788. D’autres branches furent s’illustrèrent an Picardie: la branche de Beauvillé, éteinte en 1780, celle de Sissy, près de Saint-Quentin (02), éteinte mais qui fournit le rameau des comtes de Villeneuve, encore existant de nos jours.
Les possesseurs successifs du château
La famille féodale des Fossés

Plus de quatre siècles d'enracinement
...avec des interruptions

Le mythe familial de la famille des Fossés rapporte que, en octobre 978, lors du siège de Paris par l’empereur germanique Otton II qui voulait punir l’avant-dernier carolingien Lothaire de son expédition contre Aix-la-Chapelle, un certain Bertrand des Fossés aurait vaincu devant le châtelet qui défendait le grand pont le géant germanique Isoré (d’où le nom ‘’Tombe-Issoire’’ à Paris). Toutefois ce haut fait a aussi été attribué successivement au duc de Bretagne Alain Barbetorte au XIème, au comte d’Anjou Geoffroy Grisegonnelle vers 1130, et, dans le ‘’Moniage Guillaume’’ vers 1160 à… Guillaume d’Orange – Issoir, alias Isoré, devient alors un sarrazin !).
Les premières justifications sur titres de la famille des Fossés remontent au tout début du XIVème siècle. Après les déprédations dues aux ravages de la guerre de Cent Ans, des bornages furent effectués pour corriger ou entériner des empiètements territoriaux. En 1401 eut lieu la révision contradictoire de quatre propriétés : celle de Longpré, de Jean seigneur de Vez, de Jean Poullet, seigneur d’Eméville, et de Colard le Messager, des Fossés. Hugues des Fossés, né vers 1335, eût trois fils : - Antoine, époux d’Elisabeth de Vincelles, parents d’une fille, Marie, morte le 21/12/ 1445 au château de Coyolles, veuve depuis deux ans de Pierre I de Noüe, qu'elle avait épousé le 28/05/1408 à Longpré. - Guillaume des Fossés, tige de la branche de Coyolles qui, au fil des siècles, perdra et retrouvera par alliance les seigneuries des Fossés et d’Haramont. Ce Guillaume est, en 1395, commandant du Fort de Charenton, écuyer d’Honneur de Charles VI qu’il accompagne en Picardie pour les fiançailles d’Isabelle de France avec Richard II d’Angleterre ; il donne quittance de ses gages le 8 août 1403. En 1414, il est huissier d’armes de Mgr Louis, fils aîné de Charles VI. Il a un fils, Robert, et une fille, Jeanne, épouse de Pierre de Sarcus.
- Philippe, tige des seigneurs de Sissy, près de Saint Quentin, qui donneront les branches de Champagne, de Sotter, de Vermandois, de Villeneuve et de Beauvillé.
Robert des Fossés, seigneur des Fossés et de Coyolles, fils de Guillaume, acquit le 8 octobre 1420 des terres à Haramont, sans doute pour agrandir son fief des Fossés. Il meurt le 18 août 1468 en son château des Fossés, que lui ou son père avait fait rebâtir en manoir selon le goût de la Renaissance. Il eût une fille, Marie, (1430-1499), épouse en 1471 de Jean I de Noüe, décédé le 19 septembre 1489 au château des Fossés également. D’eux descend toute la famille de Noüe.
Son fils, Anthoine des Fossés, continua la descendance des seigneurs des Fossés, d’Haramont et de Coyolles. Ecuyer tranchant de Jean d’Orléans, comte d’Angoulême, veuf d’Anne de Villars, il épousa Antoinette de Vaucelles, fille de Jacques, qui lui transmet la vicomté de Boursonne. Il est aussi seigneur de Vez en 1484. Il fut également capitaine concierge de Villers-Cotterêts et Garde de la Forêt de Retz. En 1487 son frère Jehan est élu abbé de Longpont, où il meurt en 1515 en odeur de sainteté.
Une autre sœur, Antoinette, épousa en 1449 Georges de Fallaz.
D’Anne de Villars, Antoine avait eu Antoine II, qui a continué, et Antoinette qui transmit la vicomté de Boursonne à son second mari, Jacques de Capendu, épousé en 1496. Cette vicomté demeurera chez les Capendu jusqu’à la Révolution. Antoinette était veuve de Jacques le Vasseur, épousé en 1473. La troisième fille, Amisse, épousa en 1482 Guillaume de Chézelle.
Antoine II épousa en premières noces Perrette de Vendières (et Philippine d’Aultry ensuite, dont il n’eût point de postérité). Leurs enfants furent :
- Antoine III, qui a continué les seigneurs de Coyolles. Cette branche aînée reprendra au XVIIIème siècle possession des Fossés : Angélique de Ronty, qui épousa Michel des Fossés de Coyolles, avait reçu de sa mère, née Marie-Françoise de Thouars (1632-1696) les seigneuries des Fossés et d’Haramont. Elle les tenait elle-même de son père Benjamin, né en 1602, cadet de Josias 2, lui-même fils de Claude et petit-fils du premier Josias, le calviniste “usurpateur” des Fossés (voir plus loin).
- Isabelle, épouse d’Antoine de Lanvin ; leur fille Françoise épousera Adrien de Mazencourt ; d’eux sont issus tous les membres de la famille Mazencourt.
- Antoine IV, “le Jeune”, seigneur des Fossés, père d’Adrien. En 1563, cet Adrien cède en location son moulin des Fossés. Son père s’était arrogé le droit de construire ce moulin dans les dépendances du domaine, cvéritable défi lancé aux moulins de Coyolles et de Vez, dépendant de Crépy, donc du domaine ducal. Il acquiert en 1595 la seigneurie d’Haramont proprement dite.
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Les troubles des Guerres de Religion
Rapines et appropriations de biens...
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Usurpation et restitution
Les Thouars s'emparent des lieux...et les restituent par mariage

Dès la fin XVIème et au début du XVIIème siècle, un suiveur d'Henri de Navarre, le calviniste Josias de Thouars, seigneur de Beauregard, à la faveur des Guerres de Religion, s’appropria les seigneuries d’Haramont, divers biens relevant de Pierrefonds, et les Fossés, sans parler de biens des religieuses de Longpré, biens qu’elles récupérèrent par arrêt du Grand Conseil en 1618. Ces Thouars portaient les armes des anciens vicomtes de ce nom, en Poitou, en principe éteints . Du reste, les Fossés étaient mis la plupart du temps en fermage à ces époques de troubles, où aussi bien les Thouars que les des Fossés sont qualifiés de “co-seigneurs des Fossés”. Nous ignorons à ce jour si cette “cohabitation” avait des origines violentes ou consensuelles, mais l’absence de descendance d’Adrien explique peut-être cette appropriation subite. Un de leurs fils, Charles, exempt des gardes du corps, seigneur d’Haramont, mourut sans postérité. Haramont passa donc à une de ses sœurs, Angélique, qui la ramena dans la branche aînée de la famille des Fossés par son mariage avec Michel, marquis de Coyolles, fils de Jean et de Marie-Jeanne Pajot, petit-fils de Pierre des Fossés et de Marguerite de Bragelongne. Ce Pierre était fils d’un autre Pierre et d’Hélène de Carvoisin, épousée le 26/6/1581, et petit-fils de cet Antoine III cité plus haut, seigneur de Coyolles, Lieutenant Général des Eaux & Forêts du duché de Valois et de Françoise de la Sangle. Sans enfants, ils laissèrent ces fiefs au cadet Louis, avant-dernier marquis de Coyolles après son frère Michel. Louis, marié à Jeanne Soir, avait acquis l'office de Lieutenant des Maréchaux de France au Bailliage de la Ferté-Milon auprès de Nicolas Nicolaÿ, qui en était titulaire depuis 1702. Capitaine au Régiment de Languedoc, il fut aussi commissaire-syndic de la noblesse de Valois. Il mourut le 4/7/1747. Les fiefs des Fossés et d’Haramont passèrent ensuite à sa fille Marie-Jeanne-Victoire, née le 13 juillet 1752 à Coyolles. Elle épousa Pierre de Saint Martin, baron de Tourempré, maréchal de camp (promotion du 5 décembre 1781) né à Calais le 18/2/1720, mort le 2 août 1783. Elle adresse le 5 août 1783 une demande de pension au maréchal de Ségur en précisant que son mari était « le 14ème enfant d’un 15ème cadet de Picardie sans autre bien que les grâces du roy perdues à sa mort ». Elle épousa ensuite François Nicolas Le Cauchois, Conservateur des Forêts Impériales à Orléans. Le fief semble avoir échappé à la confiscation, contrairement à l’abbaye de Longpré, vendue comme Bien National le 17/03/1791). Dès avant la Révolution elle est dame des Fossés comme en témoigne un échange de courriers avec l'Intendant de Soissons en 1779-1780 suite à la demande de Salmon, curé d'Haramont, de faire réparer le presbytère et aux refus de Marie-Jeanne Victoire de payer les 81-00 livres demandées à cet effet (AD de l'Aisne -C129): Le 1/11/1779, elle finit par accepter: "Trouvez bon Monsieur que comme seigneur donataire de la terre des Fossés et de toutes les censives d'Haramont je cède aux voeux des habitants" (signé: Tourempré; la requête précédente en appel du 12-4-1779 était signée "Desfossez Desgrigny"). La lettre accuse toutefois le curé, avec M. le Clair (le Clerc, subdélégué de l'Intendant), d'avoir falsifié la décision de réparation pour refaire tout à neuf ailleurs. Dans un courrier du 20-10-1779 elle dit avoir perdu son mari "quelques semaines plus tôt". Les 22-6, 6, 9-7-1779, elle avait écrit à M. Daminois, secrétaire du Roi et Receveur général des vingtièmes de la généralité de Soissons, "son neveu", habitant rue des Cordeliers, d'intervenir. Cette parenté, précise-t-elle, est par la femme de Daminois. Il a écrit une recommandation le 12-7-1779. On sait par ailleurs que Louis de Jouenne d'Esgrigny, sgr de Cramaille, épousa une Etiennette Daminois, +1808. Il était fils d'Henri-François +1789, lui-même fils de Jean-François-René et d'Anne-Marie Lefebvre. La sœur aînée de la dernière propriétaire issue de la famille des Fossés, Jeanne-Eléonore, la fille aînée de Jeanne des Fossés, marquise d’Esgrigny, ne s’est pas mariée et est qualifiée d’abbesse de la Ferté Milon à l’arrestation de sa cadette. La cadette, Jeanne Anne “Desgriny”, avait épousé en 1769 François Joachim de Mazencourt, dont elle eût Alexandre de Mazencourt, héritier des biens de la famille des Fossés à Coyolles. Ce dernier émigra en Prusse, où il devint lieutenant au régiment de Wardenslaben. De ce fait, les châteaux et terres de Coyolles furent confisqués comme biens nationaux en l’An III de la Révolution et vendus en septembre 1794 ; la famille réussit toutefois à reprendre ses droits sur Coyolles grâce à maître Niguet, notaire à Villers-Cotterêts en l’An XIII. Jeanne Anne, de fort tempérament, rencontra une fois en forêt le duc d’Orléans, futur Louis-Philippe, alors qu’il chassait sur ses terres. La façon dont elle le remballa sans ménagement frappa le chroniqueur local Dujardin.
L'arrière du château des Fossés
Armes des Jouenne d'Esgrigny et Saint Martin de Tourempré

Péripéties post-révolutionnaires
Des successeurs variés

Pour revenir à sa sœur Marie-Jeanne-Victoire, épouse Le Cauchois, elle vendit le 17 janvier 1809 par contrat devant le même Maître Niguet, le domaine des Fossés à Louis-Antoine-Joseph Jarry de Mancy.
Ce personnage, né à Noyon en 1760 et mort à Paris en 1826 fut garde du Corps du Roi avant 1789. Il achète le château de Gournay-sur-Aronde (60) en 1807. Marié en 1791 à Adrienne-Jacqueline Lemaire, née à Crépy-en-Valois en 1773, et morte en septembre 1807, il la fit inhumer sous une pyramide dans un enclos particulier à la sortie de Gournay, en bordure de la route de Compiègne à Roye. Ce lieu a été classé Monument Historique. Il revend le château dès 1808. Sous-préfet de Compiègne de 1800 à 1811, il acquit les Fossés le 17 janvier 1809 (Niguet notaire) des époux Le Cauchois. Compromis dans des spéculations financières imprudentes, il dut démissionner. Lui ou ses héritiers les revendront avant 1849 à M. Oerthling, ambassadeur du Mecklembourg à Paris.
Il fut père d'au moins un enfant, âgé de 12 ans révolus lors de la vente des Fossés. Ce petit Adrien, qui dût jouer dans les mêmes buissons qu' Alexandre Dumas 5 ans plus tôt, était né à Paris le 6 décembre 1796.
Certainement très studieux, il fut élève à l'Ecole Normale Supérieure de 1813 à 1816, c'est-à-dire dès l'âge de 17ans.
Il sera à 24 ans et pendant 32 ans professeur d'histoire à l'Ecole Royale des Beaux-Arts et à Saint Louis (1820-1852), et bibliothécaire de l'Ecole des Beaux-Arts.
En 1830, à 34 ans, il épouse Adèle Lebreton, née à Paris le 25 avril 1794, décédée en 1854 à Paris également. Cette artiste peintre était l'élève de son père, Jean-François Lebreton. Une copie du “Pie VII” de David peinte par elle se trouve au musée de Soissons.
Adrien mourut veuf à 66 ans à Paris, en décembre 1862.
(Bibl. : Roman d'Amat : Dictionnaire de Biographie Française ; Horfer ; Vapereau ; Quérard ; matrices cadastrales d'Haramont f° 298 année 1849)
Les Fossés sous le comte Oerthling

Un ambassadeur Mecklembourgeois
...dont les fils reviennent en occupants
Une fois encore, avant 1849 selon les matrices cadastrales, le château fut vendu, cette fois-ci au comte Samuel Hermann Oerthling, de Rostock, ancien ambassadeur du grand-duché de Mecklembourg Schwerin, attaché à la cour de Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe puis de Napoléon III. Il est cité dans les almanachs comme chargé d’affaires à Paris en 1818, puis ministre plénipotentiaire, et enfin conseiller privé (Almanach de Gotha 1863, p.527). Il resta longtemps le doyen du Corps diplomatique à Paris. Dès 1853, selon l’abbé F. Chollet, et encore vers 1866 selon A. Michaux, au décès du sieur Oerthling, le château était dans “un état de délabrement impossible à décrire”. Ses fils, Gustave Hermann Georges, demeurant à Warlange près de Folkenburg en Poméranie (Prusse) et Richard Hermann Otto, demeurant à Venwuhrom, dans la même région, vendirent le domaine par acte du 15 août 1868. Les hasards de l’histoire ramenèrent l’un d’entre eux à Villers-Cotterêts sous l’uniforme de cuirassier blanc de la Prusse victorieuse en 1870.
L’acquéreur fut M. Aubin Desprez, mort dès le 10 septembre 1870 à Gentilly. C’est lui qui fit entièrement restaurer le château et compléter les dépendances avant 1875 (date inscrite sur la cheminée).
Il laisse les Fossés à sa fille Louise Euphémie, née le 2 novembre 1849 à Paris. Celle-ci épousa d’abord Georges Olivier baron du Sault, né vers 1847 à Lignan (Gironde), mort en avril 1877 à Haramont
Ecu du Sault
Le colombier des Fossés
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La famille du Sault
des vignes de Guyenne au Valois, au Brésil, et à St Domingue
Georges Olivier, baron du Sault, né vers 1847 et décédé à Haramont le 12 avril 1877 était issu d'une ancienne famille originaire de Bayonne et du Bordelais.
Son père, le chevalier Emmanuel-Marie, était officier et frère cadet d'Amédée-Jean-Baptiste, qui s'était fixé à La Havane et avait continué la branche aînée avec sa femme Euphrosine de la Mothe, enfuie de Saint Domingue après les massacres de 1795. Leur descendance s'est établie au Brésil.
Emmanuel-Marie servit avec le 27è régiment de ligne en Espagne, en Grèce, et démissionna lors des évènements qui préludèrent à la majorité de Henry V. Il épousa le 11 septembre 1839 Anne-Pauline de Luëtkens, fille de Jean-Jacques, et de Louise Pauline de Raymond -soeur de la comtesse de Fumel.
Cet Emmanuel était lui-même fils de Jean-Jacques du Sault, chevalier de Saint Louis (07/03/1815), émigré, maître dans les Mousquetaires à Andernack en 1791, et de Jeanne de Freslon de Saint-Aubin, épousée à Londres le 2 août 1796.
Louise Euphémie Desprez et Georges Olivier du Sault eurent deux enfants:
- Jeanne Marie, née en mai 1876
- Guy-Olivier, né posthume le 5 juillet 1877, futur maire d'Haramont (1931-1944), décédé le 23 juillet 1951 à Haramont, qui épousa le 27 septembre 1920 à Bordeaux Marie Henriette Delouttre. Il exploita les vignobles de Château-Meyner en St Estèphe. Reprenant les Fossés après le décès de sa mère (après 1910), il acquit aussi le donjon de Vez.
Il fit classer l’église Saint Clément en 1933.
Bref intermède africain
Le comte de Semellé meurt en revenant de Guinée
Veuve, Louise s'était remariée le 29 Mars 1880 à Charles Georges, baron, dit le comte de Semellé, officier, armateur (1845-22/10/1880), qui disparut en mer sept mois après le mariage, à bord du “Gaboon”, au large de Rio de Oro (Sahara Occidental) ! Elle-même mourra de la tuberculose, attrapée en soignant les soldats de la Grande Guerre réfugiés aux Fossés.
Lors de la guerre des tranchées, l’Etat Major du 4ème Régiment de Spahis quitte Ivors le 2 décembre 1916 pour se porter à Haramont. Ce régiment de 666 hommes et 671 chevaux avait embarqué à Sfax le 1er septembre 1914. Le 4 décembre 1916, ses 4 escadrons, relevés au front entre Feuillères et Blache sous le général Viollaud, sont regroupés aux ordres du colonel du Jonchay, dans la zone de cantonnement d’Haramont, Longpré et Bonneuil. Là, le régiment fournit un détachement de 140 hommes destinés à remplacer les hussards qui occupent les tranchées dans le secteur Berry-Chevilecourt. Suite aux violents bombardements on ramène 10 blessés. Le 31 décembre, le 4ème Spahis est divisé en deux groupes d’escadrons divisionnaires : deux cantonnés à Bonneuil, et les deux autres à Longpré et aux Fossés, où ils sont rattachés à la 70ème Division d’Infanterie. Ces deux groupes continuent d’alimenter en hommes les tranchées de Chevicourt. Ils repartent en mars 1917.
Les aventures d'un bref mari, Charles, baron, dit le comte de Semellé :
D'où venait-il ?
Né le 5 juin 1845 à Courcelles-Chaussy (55). Officier armateur domicilié 21 boulevard de Strasbourg, à Paris, il épouse le 29 mars 1880 à Haramont, devant le maire Charles Auguste Gressier, vannier, Louise, fille d'Aubin Desprez, et veuve de Georges-Olivier du Sault. Il était fils de Charles (24/10/1815-jan 1896 Laglio- lac de Côme) et de Céphalie de Carrey d'Asnières, et petit-fils de Jean-Baptiste-Pierre-Hippolyte, chef de bataillon à l'armée d'Italie (1797-99), où il côtoya sûrement le général Dumas, père d'Alexandre et prédécesseur de son petit-fils aux Fossés ; chef de brigade à la 20° légère (25/11/1799); baron (LP 1/6/1808), général de brigade (1/7/1807), de division (11/7/1811), député de la Moselle (1822-1830-37), chevalier de la Légion d'Honneur, de Saint Louis, né à Metz 16/6/1773, + 24/1/1839 à Urville, et de Cécile-Barbe Masson. Le baron d'Empire Semellé acquit et restaura le château d'Urville, édifié au XVII° siècle à Courcelles-Chaussy (55). Là se replièrent, en octobre 1813, après la défaite de Leipzig, les généraux Berthier et Radet, général de gendarmerie (1762-1825), officier à St Domingue (1784-1786), puis auteur de l'arrestation de Louis XVI à Varennes et de l'enlèvement du Pape en 1809. Ils y installèrent leur Grand Quartier Général. En 1870, après les combats de Stiring Bazaine il installera aussi son GQG à Urville, où il reçoit Napoléon III le 10 août. Le 13 août la 1ère Armée allemande occupe le château. Guillaume II l'acquiert en 1890 et le modernise. Ceci attirera les curieux jusqu'au début de la Grande Guerre. En 1918 il retourne à la France et est affecté à l'enseignement agricole. Il devient école régionale d'agriculture vers 1945.
Qui était-il ?
Il dirige en 1880 une expédition au Niger. Il établit son centre d'opération à Brass-River, où il ne reste que le temps nécessaire pour créer quelques magasins. " Puis, pénétrant dans le fleuve, il le remonta sans s'arrêter jusqu'à Egga, situé à 130 lieues de la côte, qu'il choisit comme point extrême de ses opérations. Cette création fortement assise, il se rabattit ensuite vers la côte, établissant successivement des factoreries à Lokodja, Igbébé, Onitsha et Abbo sur le Niger, et à Loko sur le Bénué."
Viard était à Lokodja, au pied du mont Pateh et à 100 lieues environ de la côte, où la rivière Bénué rejoint le Niger. Le comte de Semellé revient d'expédition. "Dans quel état! Parti pour Bidda afin de voir le roi Amrou, il avait appris en route que ce dernier, alors en guerre avec des peuplades rebelles, était allé rejoindre ses troupes; par suite, nécéssité pour le comte de Semellé de se rendre au camp de guerre du roi.
Pendant vingt jours, sous des pluies torrentielles, à travers des chemins défoncés, tantôt passant des cours d'eau qui lui prenaient le corps jusqu'aux épaules; d'autres fois gravissant des montagnes presque droites, il dut marcher, sans avoir pu se procurer sur sa route quoi que ce fut, les quelques villages trouvés en chemin ayant été dévastés par les contingents qu'Amron avait appelés à son aide.
Il revenait avec l'autorisation d'Amron, oui, mais exténué par les fatigues et la fièvre, et avec une dysenterie qui ne devait pas se guérir.
Une fois installé dans un lit de la factorerie, les visites affluèrent. Les femmes étaient en grand nombre. Yayi ne manqua pas de venir.
Pendant les quelques jours que le malade resta à la factorerie, elle ne voulut pas le quitter, quoiqu'on fut venu plusieurs fois la chercher de la part de la première femme de sa case;
"De juin à décembre on est constamment trempé par les pluies et de janvier à mai journellement grillé par le soleil; pas de milieu. Aussi les fièvres sont-elles fréquentes et d'une intensité plus grande que celles de l'intérieur".
Le 22 octobre 1880 à 20h30, rentrant en France faire connaître le résultat de ses efforts, il mourut à bord du "Gaboon", navire qui le ramenait, au sud des Canaries, par 21°32' de latitude Nord et 17°30' de longitude ouest. Son corps fut jeté à la mer le lendemain à 8h par 23°5' de latitude nord et 17°15' de longitude ouest (extrait signé du 22.12.1880 par Sir Everard Home Coleman, Greffier en chef du Bureau central de la Navigation et de la mer à Londres). Le Gaboon rejoignit ensuite Glasgow.
Peu après, début 1881 un vicomte d'Agoult géographe mourut dès son arrivée et repose à Brass-River.
Les Anglais avaient jusque là le monopole du traffic commercial sur le fleuve. Semellé avait convaincu le roi local Amrou, par l'influence de son futur héritier Maléqui, d'accorder des droits également aux Français. (Début 1884, la compagnie anglaise concernée rachètera les établissements et matériels français de la Brass River à prix d'or pour retrouver leur position de monopole).
(Bibl.: E. Viard 'Au Bas-Niger', Paris 1886; Bull.de l'Association 'Renaissance et Sauvegarde d'Haramont' -n° 14, avril 1995)
Période contemporaine
La propriété des Fossé passa ensuite au fils posthume du premier mariage de Louise, Guy-Olivier du Sault (05/07/1877-23/07/1951. Il dut vendre d’abord la ferme et la plupart du domaine puis, en 1947, Vez à M. Barbier. Après sa mort, ses enfants Henri et Christiane cédèrent le château en 1952 à M. Dobbels, agriculteur de Largny, qui l'afferma à des tiers qui l'utilisèrent comme entrepôt agricole, notamment pour y faier vieillir des pommes de terre...
En juillet 1961, après son décès, son fils Claude Dobbels revendit le château, tout en reprenant l'exploitation de la ferme et des terres agricoles. Très dégradé, il passa ainsi à M. Laval, chirurgien dentiste, décédé en 1966 après avoir entrepris une série de réaménagements. Faute de moyens, aucun autre entretien ne fut effectué durant les 35 années suivantes. Sa veuve et ses fils revendirent le tout en 10/1999 à M. Xavier Blutel, né en Côte d'Ivoire et résidant alors en Thaïlande
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